une aventure inoubliable (01-04 fév. 2018)

RAID DANS LE JURA PAR VERCORS HANDISPORT


Sous la houlette d’Odile N. et Gérard B., un groupe de 20 skieurs composé d’autant de « valides » que de « non valides » est parti en raid itinérant sur le tracé de la Grande Traversé du Jura. Un parcours riche en émotions, en paysages féériques, en fous rires et en expériences inédites.

 

PAR JEAN LUC MIAS

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Jeudi 1er février

Vercors – La Pesse en voiture ; La Pesse – auberge La Guiénette en ski

 

Partis à 8 h du matin de Grenoble sous une pluie battante, il ne pleut plus à notre arrivée dans le Jura où il a neigé ; nous pique-niquons dans la sympathique salle hors sac de La Pesse que nous avons réservée.
Au départ de la piste de ski, chacun ses fonctions : Odile N. et Gérard B. s’occupent des forfaits de ski, les guidés cherchent leurs guides, on aménage à coups de pelle une rampe d’accès aux pistes de ski. La poudreuse sur les arbres nous offre des paysages sublimes. C’est la première fois de l’hiver que nous skions sur une piste au profil aussi accidenté, aussi au bout de quelques kilomètres des chutes se produisent : Pierre P., paraplégique lugeur, s’est renversé ; nous sommes 4 à le relever, il est lourd. Relié à lui par une corde, j’ai pour mission de le tirer sur les plats et dans les montées, tandis qu’il pousse avec ses bâtons ; dans les descentes, son guide se place derrière lui et le freine en chasse neige tout en tenant fermement sa luge pour éviter qu’elle ne se renverse. Il nous faudra deux jours pour bien mettre au point cette technique de descente. De nos efforts communs est née une complicité que l’on retrouvera dans nos sorties de groupe en hand-bike au printemps suivant.
Le guidage de Fabienne K., Noëlle G., Michel B., Rachid K., tous les quatre déficients visuels, se fait essentiellement à la voix et demande de leur part une parfaite confiance en leur guide. Rachid est un très bon skieur et participe à des courses longue distance avec son guide. Cette première journée s’achève à notre arrivée au gîte des Guignettes à la nuit tombée. Le gîte, ancienne ferme restaurée avec une façade en tavaillons, est confortable et le repas copieux. Malgré nos craintes la nuit s’est bien passée, sans trop de ronfleurs pour nous importuner.

Vendredi 2 février

Auberge La Guiénette – Lajoux, gîte « la Maison des inuits »

 

A 8 h tout le monde est réveillé, il fait très beau, cristaux de neige brillants au soleil… il fait -10°c ! Certains chauffeurs s’occupent du transfert des voitures jusqu’au gîte du soir. A 10 h départ du gîte, nous skions dans les « bellecombes » jurassiennes, lesquelles portent bien leur nom. Nous nous régalons des paysages splendides et vallonnés du parc naturel régional du Haut-Jura. On voit Rachid K., mal voyant, guider Noëlle B. qui est atteinte d’une maladie dégénérative de la vue : elle a confiance ! Quelques guides valides ont passé leur journée à guider, pousser et retenir les luges dans les descentes. Laurent S., handicapé depuis sa chute du toit de sa maison, était bien fatigué, on a dû l’arrêter en cours de route et lui trouver un « blablacar » qui l’a amené à la salle hors sac du pique-nique à Lajoux. L’après-midi tout le monde a voulu regagner à ski le gîte « La Maison des inuits » distant de 3 km. En arrivant, certains sont allés au sauna, , d’autres en salle de relaxation, d’autres encore ont paraffiné les skis. Le patron du gîte était nouveau, l’accueil fut excellent et le couscous le soir aussi. Ce fut une journée annoncée facile, mais en fait il y avait de grosses montées et des descentes très rapides. Bon nombre de skieurs croisés sur la piste n’en revenaient pas d’apprendre que le skieur qu’il venait de voir passer à bonne vitesse était… aveugle. De même Gaston C. et son épouse Danièle, paraplégique lugeuse, faisaient grosse sensation quand ils « encapaient » une descente sinueuse à grande vitesse ! Il y eu encore des renversements de luges et d’autres péripéties, mais la solidarité et l’entraide entre « valides » et « non valides » a permis de surmonter ces difficultés tout au long du parcours.

Samedi 3 février

Lajoux – Prémanon

 

Le temps est couvert et après avoir tout déballé sur la piste de ski, skis, bâtons, luges, baudriers, nous tournons en rond près du lac de Lamoura , en attendant que les voitures des chauffeurs reviennent de la Darbella. Départ en ligne sur le lac, type départ Transju ! Peu après nous voyons Noëlle G. plus que malvoyante guider Fabienne K. non voyante, aidée en cela par des pistes bien tracées. De part et d’autre de la piste, les arbres et arbustes ploient sous la poudreuse. Le parcours du jour n’est pas difficile, il y en a même qui font du supplément en faisant une boucle autour de La Serra. Nous rejoignons la salle hors sac de la Darbella vers 13 h. Les guides aident les lugeurs à s’asseoir dans leurs fauteuils pour se mettre au chaud dans la salle hors sac de plein pied sans escalier. En mangeant Claude T., le vétéran du groupe, sympathise avec un pré-ado vacancier qu’il initie au jeu de la cuillère-catapulte. C’est vrai qu’il est resté jeune notre Claude ! L’après-midi nous rejoignons Prémanon à ski, Gérard B. nous a dit « c’est facile », mais le petit groupe que je mène se trompe d’itinéraire et prend les pistes les plus raides. Seul Dominique K., lugeur paraplégique et grand sportif, atteindra le sommet de la côte sans aide, seulement à la force de ses bras. Laurent S. nous bluffe sur ses skis à l’arrivée à Prémanon, il a des ressources et plus d’équilibre qu’on ne le pensait ! Le soir nous avons fêté l’anniversaire de Gérard B. en poussant la chansonnette et en ouvrant quelques bouteilles. Pierre P., médecin retraité paraplégique, nous a fait un petit discours bien émouvant de remerciements, tout heureux d’avoir refait ce parcours de la GTJ qu’il avait parcouru étant valide qu’il n’espérait plus refaire.

Dimanche 4 février

Ski aux Rousses puis retour dans le Vercors

 

Nous décidons de faire notre dernière matinée de ski aux Rousses. Le temps est toujours aussi beau, mais il y a moins de neige et même quelques plaques de glace à négocier par les guidés toujours avec l’aide de leurs guides. Michel B., aveugle et président de Vercors handisport, et Rachid K. partent avec leurs guides toujours en skate en direction de Bois d’Amont. C’est tout juste s’il n’a pas fallu les arrêter avant la fameuse montée du Risoux, principale difficulté de la Transju ! Camille L., hémiplégique de naissance, notre dynamique vice présidente toujours souriante en a bien profité elle aussi ! A midi nous mangeons dans la salle hors sac au départ des pistes des Rousses. Avant de partir nous faisons le plein de comté aux Rousses… c’est déjà fini…

Cette randonnée itinérante avec 9 « non valides » et 11 « valides » s’est déroulée dans une excellente ambiance et dans un esprit de solidarité et d’entraide permanent. Odile et Gérard l’avaient bien préparée en réservant les gîtes et les salles hors sac dès l’automne. De plus, Odile avait confectionné les pique-niques des déjeuners pour 20 personnes. Gérard avait fait une reconnaissance du parcours en skate par neige rapide… en un jour, si bien qu’il l’avait trouvé facile. La réalité avec des non valides fut légèrement différente. La présence de salles hors sac disséminées tout au long du parcours nous facilita beaucoup la réalisation de cette traversée. Tous les guides présents avaient une expérience du guidage, car Vercors handisport organise régulièrement dans l’hiver des sorties à ski de fond sur les pistes de Villard de Lans, mais ce raid fut différent car il s’est déroulé sur des pistes plus accidentées que nos précédentes sorties et c’était un vrai challenge à relever. Les étapes réalisées étaient de 15 à 20 km par jour.

Généreux donateurs de la Caisse d’Epargne !

Le jeudi 24 mai 2018 nous étions conviés à la remise officielle des dons octroyés en 2017 par la Société Locale d’Epargne Région Grenobloise grâce au soutien financier de la Fondation Caisse d’Epargne Rhône-Alpes parmi 15 autres associations, elles aussi invitées et récompensées.

Cette remise a eu lieu à l’agence Caisse d’Epargne Rhône-Alpes de Grenoble 10 rue Hébert à GRENOBLE 38000, en présence de la Présidente de la Société Locale d’Epargne Madame Marie-Alice GUIDETTI, de la Directrice de l’agence Grenoble Hebert Madame Estelle ANDERSON et de la presse locale.

Ce fut pour nous l’occasion d’exprimer tous nos remerciements et de réaffirmer notre volonté de promouvoir l’insertion du handicap par et grâce aux valeurs du sport.

Grâce à votre importante participation, l’achat de deux carabines à visée sonore a permis pour l’une l’entrainement de Thomas, notre jeune athlète paralympique, et pour l’autre les entraînements ou les démonstrations de notre club.

En effet, toujours dans le cadre de notre promotion du handicap et pour le faire connaitre, nous proposons des animations sous forme de stands de tir à la carabine laser avec retour sonore et nous intervenons au sein d’entreprises locales afin d’apporter une autre vision du monde du handicap.

Nous avons terminé cette soirée suivie d’un cocktail, dans des échanges très enrichissants avec les personnes présentes et toutes très impliquées dans l’inclusion.

 

 

don de la MAIF

Le 08 février 2018, nous étions conviés  à la Délégation Conseil d’Eybens pour la remise d’une dotation constituée par une action locale réunissant tous les acteurs MAIF de Grenoble.

En effet, à l’occasion du 50ème anniversaire des J.O. de Grenoble,  salariés et militants ont souhaité marquer cet anniversaire en soutenant notre action alliant sport et handicap.

Nous remercions la MAIF pour cette dotation que nous consacrons notamment à la refonte d’une plaquette du club.

Entrainement ski roue sur la route du stade de neige à Lans le 17 novembre 2018 par Michel

« L’adaptation aux conditions météorologiques fait partie intégrante de l’entrainement! »

Ce sont les paroles de Claude et nous n’avons pas dérogé.

Sous une pluie battante et avec même par moment un peu de neige fondue, nous étions ce samedi 17 novembre une dizaine de téméraires à braver les éléments pour gravir les pentes de la route qui monte au stade de neige de Lans en Vercors et on peut dire que tout s’est passé comme sur des roulettes…

Camille et Gislaine avaient opté pour le plancher des vaches et choisi de marcher.

Brigitte, Christine et Manu, Yves et Claude et puis moi mais avec Ingrid et Rémi, c’est normal je suis le président après tout.

Casqués, gantés, skis roues aux pieds nous l’avons mouillé ce maillot, le sourire aux lèvres et les lunettes sur le visage… enfin pas pour tout le monde ! Le revêtement n’étant pas de bonne qualité, les vibrations aidantes, certains les ont perdues et d’autres ont eu certainement quelques craintes pour leur dentier. Heureusement Brigitte qui fermait la marche se chargeait de tout récupérer !

Belle occasion de retrouver des sensations, pas toujours évidentes et avec toujours notre éternel défaut, nous ne montons pas assez sur nos skis et n’avançons pas assez notre bassin.

En tous cas,  nous avions tous une fois de plus le sourire aux lèvres et c’est le résultat recherché ! Alors, lorsque débarrassés de nos équipements nous avons appris que la salle hors-sac était fermée, quelle joie  nous a envahis en nous disant que nous allions pouvoir profiter de l’accueil chaleureux de Jacqueline et Claude qui nous attendaient aux Chaberts avec le vin chaud.

Belle expérience et encore un moment d’amitié à méditer au coin de la cheminée en attendant que la blancheur nous entraine cette fois sur de vrais skis.

Départ du bas de la route du stade de neige, pluie faible

Arrivée sous la pluie battante

La salle hors sac hors classe ! Chez Claude

 

Bon souvenir de Françoise

Julie et Nicolas, les enfants de Françoise ont été très sensibles aux marques de sympathie et de soutien des membres de Vercors Handisport et vous remercient beaucoup.

Témoignage de Dominique T

Villard de Lans le 24 novembre 2018

 

Françoise est partie cet automne.

Pendant plusieurs années, toutes les deux, nous avons assumé le secrétariat de Vercors Handisport. Elle nous accompagnait toujours Claude et moi, quand il s’agissait d’œuvrer pour le club et d’en imaginer son amélioration. J’ai appris à la connaître et à apprécier son amitié. Notre amitié s’est forgée surtout en dehors de Vercors handisport

Francoise

Nous avons fait ensemble durant 8 jours la traversée du désert des Bardenas en Espagne, et cela m’a permis de mieux la connaître.

Quand elle a décidé de m’accompagner pour faire à pied le tour du Vercors, j’ai compris qu’elle habitait le Vercors, mais qu’elle n’en connaissait pas vraiment les différents aspects, car son travail d’accueil, (avec son mari), dans son gîte au pied de la Sure lui avait pris énormément de temps.

A pied nous sommes parties au pied du Mont Aiguille, avec notre sac à dos pour trois semaines de trek dans le but de faire le tour complet du Vercors, avec un retour à Chichiliane. C’était un vrai régal de marcher avec elle, elle s’émerveillait de tout, attentive au spectacle et aux gens que nous croisions. Elle était avide de connaissances.

 

Ensemble, nous avons révisé notre lecture des cartes, de la météo, des marques « tour du Vercors » sur les arbres, de la découverte des plantes, de l’observation des vautours…et de la géographie du Vercors. Nous avons apprécié les campings, mais aussi les restaurants !

Elle était très volontaire, et je n’ai pas pu échapper à la piscine de Châtillon en Diois, ni à celle de Die malgré ma résistance aux bains ! Elle était avide de sport.

Elle était attentive à notre « couple », tenant en laisse la chienne qui nous accompagnait, m’attendant lorsque je montrais des signes de fatigue.

Elle partait d’un fou rire dès que la situation était cocasse.

 

Pour notre projet de découverte des Pays bas, elle a acheté un vélo électrique.

Nous sommes parties, jubilant comme des gamines, pendant quinze jours parcourir les pistes cyclables au gré des embruns et des vents avec notre tente et nos vélos.

 

La maladie l’a rattrapé ensuite. Elle a lutté avec courage. Au milieu de ses chimios, nous allions doucement à Lans en vélo pour aller boire… des cafés…

 

Elle était toujours heureuse, MAIS… si ses enfants avaient besoin d’elle, elle laissait tout. Elle les aimait tellement ….et lorsque Nico, ou Julie téléphonaient,  elle quittait immédiatement notre travail de secrétariat pour répondre à leur attente après s’être inquiété des conséquences de son départ.

 

Elle reste très vivante dans ma tête, j’ai toujours un regard vers sa maison quand je rentre chez moi. Sa voiture n’a pas bougé, et il n’y a toujours pas de fumée qui sort de sa cheminée. C’était une belle personne. C’était mon amie.

 

Dominique Traynard